Cessez de relativiser la souffrance

Chaque année en France, près de 10 500 personnes meurent par suicide, ce qui représente près de trois fois plus que les décès par accidents de la circulation. Le suicide est la 1ère cause de mortalité des 25-34 ans (20 % du total des décès dans cette tranche d’âge) et la 2ème cause (après les accidents de la circulation) chez les 15-24 ans (16,3 % du total des décès).

Face à ces données, voici le scoop du jour : si la souffrance s’évaluait sur une échelle matérielle (liée au confort de vie) la France ne se situerait pas dans le groupe des pays européens à taux élevés de suicide !!

Petite explication : La souffrance est relative au psychisme.
Tous les hommes vivent et agissent dans le même monde, mais ils ne perçoivent pas et ne croient pas les mêmes choses.

Il existe donc autant de souffrances différentes que d’individus. Ainsi, de la même façon que certains peuvent éprouver de la douleur ou affronter l’adversité sans souffrir, d’autres peuvent souffrir sans subir d’épreuve tangible. La souffrance est un phénomène psychique qui s’enracine beaucoup plus loin que dans la vie quotidienne. Peu de personnes sont capables d’observer et d’accepter les événements de la vie pour ce qu’ils sont, sans dramatiser : nous avons tous des filtres inconscients qui nous donnent une perception partiale voire déformée de la réalité.

Dès lors, la souffrance ne née pas tant des faits que de la perception que nous en avons : des émotions et pensées qui leur sont associées et de tous les autres processus inconscients qui se manifestent via le corps (rêve, énergie, etc). Exemple: « Je n’ai plus de travail » peut être vécu comme une joie « chouette, enfin du temps pour entreprendre » ou une détresse « qu’est-ce que je vaux à présent ? ».

Aussi, je vous invite à cesser vos comparaisons. Relativiser revient à minimiser voire nier l’existence d’une souffrance bien réelle. Or ce qui tue, c’est l’absence d’écoute, de soutien et d’espoir.

Alors j’admire ceux qui s’investissent dans des associations pour sauver des inconnus, mais aider le monde commence aussi par balayer devant sa porte : faire toujours de son mieux, soigner ses relations, soutenir ses connaissances… Si chacun avait davantage conscience de son influence et de la portée de ses pensées et ses actes, le monde s’en porterait mieux.

[Extrait] Mille femmes blanches, J.Fergus – Amour et folie

Dans son livre « Mille femmes blanches », Jim Fergus relate, sous forme de journaux autobiographiques, l’incroyable aventure d’une femme blanche ayant rejoint une tribu Cheyenne. [4ème de couverture] « En 1874, à Washington, le président Grant accepte la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l’intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart vient en réalité des pénitenciers et des asiles… L’une d’elles, May Dodd, apprend sa nouvelle vie de squaw et les rites des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l’alcool. Aux côtés de femmes de toutes origines, elle assiste à l’agonie de son peuple d’adoption… »

[May] « Croyez-vous honnêtement que je ris le cœur léger ? Que je me moque de vous ? Que je prends cette situation comme un jeu, comme un acteur sur les planches ? Ne comprenez-vous pas que mon rire est une ultime défense contre mes larmes ? » Je citai : « J’enseignerai la fierté à mes peines… » Ce fut lui qui termina : « …car le chagrin est fier et courbe ses victimes. » (p.125)

« L’amour n’est que pure folie et, je dois bien te l’avouer, mérite et les obscures demeures, et le fouet auquel les fous ont droit. » (Shakespere) (p.109)

La folie est considérée par les Cheyennes comme un don de Dieu, c’est pourquoi les égarés sont traités avec beaucoup de respect, même avec révérence, dans cette société. (p.133)

Pour rester autant que possible saine d’esprit, je ne dois surtout pas chercher refuge dans le passé… cela reviendrait autrement à sombrer dans la folie. C’est une des leçons que j’ai apprises et répétées à l’asile – vivre chaque journée comme elle vient, et refuser tant les regrets que les inquiétudes pour l’avenir. Je n’ai de toute façon aucun pouvoir sur hier ni sur demain. (p.151)

Le chef sera pour moi le meilleur des représentants de la vie sauvage, l’ouverture idéale sur cette autre culture, car il possède les qualités les plus prisées au sein de ce peuple simple : le courage, la dignité, la grâce et l’altruisme. Quelque chose également dont je n’ai eu qu’un vague aperçu, mais que l’on pourrait, je crois, appeler l’ardeur. (p.223)

[Mille femmes blanches, Jim Fergus]

Les noeuds vs. la liberté de l’esprit

« Il y a, dans notre conscience, des blocs de souffrance, de colère et de frustration que l’on appelle « formations internes » ou « nœuds », parce qu’ils nous ligotent et entravent notre liberté. […] Ces nœuds ou blocs de souffrance ont le pouvoir de nous dicter notre comportement.

Les formations internes ne sont pas toutes négatives. Certaines sont agréables, mais elles peuvent quand même nous faire souffrir. Le fait de goûter, d’entendre ou de voir quelque chose d’agréable peut devenir un nœud interne puissant. Dès qu’il disparaît, l’objet de votre plaisir commence à vous manquer et vous vous mettez aussitôt à sa recherche. Vous consacrez alors beaucoup de temps et d’énergie à essayer d’éprouver à nouveau ce plaisir. […] On n’arrive plus à s’en passer et l’on en veut sans cesse davantage. La force du nœud interne nous domine et dicte notre comportement. C’est pourquoi ils nous privent de notre liberté. (Ex : Tomber amoureux est une puissante formation interne. Quand vous l’êtes, vous pensez uniquement à l’autre. Vous n’êtes plus libre.)

Qu’ils soient agréables ou désagréables, tous les nœuds nous privent de notre liberté. Nous devrions donc protéger très soigneusement notre corps et notre esprit, afin de les empêcher de s’enraciner en nous. Les drogues, l’alcool et le tabac créent des formations internes dans notre corps, tandis que la colère, les désirs irrépressibles, la jalousie et le désespoir en créent dans notre esprit. »

[Thich Nhat Hanh]

De la vulnérabilité

C’est beau d’être vulnérable*.
C’est reconnaître qu’on est faillible, imprévisible et qu’on peut s’améliorer.
C’est renoncer au contrôle un instant, pour s’ouvrir à la vie, démuni.
C’est accepter le chemin et s’accepter soi tout entier face aux épreuves.
C’est être bienveillant, garder son âme d’enfant.
C’est rire d’avoir trébuché et se relever.
C’est la voie vers l’humilité*.

*Vulnérable : « Qui est exposé à recevoir des blessures, des coups » « Qui, par ses insuffisances, ses imperfections, peut donner prise à des attaques ».

*Humilité : « Reconnaissance de ses limites et de ses capacités. »

Acceptes-tu les coups, les blessures, la douleur, les épreuves ? Souffrir c’est résister. Résister c’est souffrir. Accueillir c’est se libérer.

On est tout. Une partie du tout et le tout lui-même. On est soi et on est l’autre.
Par un effet miroir, il peut nous révéler. Cessez de vous protéger, regardez-vous.

Accepter d’être vulnérable c’est toucher à l’infini. C’est se rendre compte qu’il y aura toujours du renouveau. Invulnérable ou parfait, on est fini : il n’y a plus rien à changer.

En espérant que ça puisse nous aider à accepter ce qu’on est et les épreuves qu’on traverse… ❤ De tout mon cœur. 

Qu’est-ce que le bonheur au travail ?

Le bonheur au travail résulte de la conjonction de différents éléments permettant :

  • de vivre des relations harmonieuses
  • d’éprouver au quotidien des émotions positives (plaisir)
  • d’utiliser ses qualités et compétences (accomplissement)
  • de se sentir utile (sens)

(d’après Tal Ben-Shahar, L’apprentissage du bonheur)

[Source : Fabrique Spinoza] Lire la suite

L’envie et le désir

Quelle différence entre l’envie et le désir ?

Dans le dictionnaire aucune, ils sont synonyme l’un de l’autre et les définitions sont similaires. Ils ont d’ailleurs d’autres termes analogues qui ne sont pas plus différenciés en termes de définition : souhait, aspiration… Pourtant, moi, j’en note une de différence. Alors soit nous manquons de vocabulaire, soit nous manquons de subtilité, soit j’ai raté quelque chose… en attendant, pour pallier à cette absence, voici ce que je propose.

Pour moi, l’envie est plus proche de l’aspiration, définie comme « une force intérieure, une tendance profonde qui pousse quelqu’un vers un idéal ou une meilleure situation ». Dans cette notion, l’action est motivée par l’amour, elle apporte elle-même une satisfaction. Alors qu’à l’inverse, le désir « est un effort de réduction d’une tension issue d’un sentiment de manque », il est donc motivé par l’absence. Toute la différence est là. Dans le premier cas, le chemin vers l’objet de l’envie est lui-même une source d’épanouissement et l’atteinte de l’objectif est secondaire. Le plaisir naît du fait qu’on réalise ce que l’on aime. Dans le second cas, c’est l’atteinte de l’objectif qui compte, pour permettre un plaisir éphémère venant combler un manque.

Un exemple un peu simpliste donnerait : « j’ai envie de jouer au foot vs. je désire marquer des buts ». Dans un cas, le simple fait de jouer est plaisant, dans le second la notion d’objectif et de performance prime et peut générer de la frustration en cas d’échec.

Cette notion est importante car sur un chemin d’éveil, la distinction des deux permet de prendre des mesures différentes. Il s’agit d’encourager les envies motivées par l’amour et de prendre conscience des désirs existants du fait d’un manque… pour apprendre à les combler autrement que par une quête sans fin de plaisirs ponctuels. L’objet désiré n’est alors qu’un symbole, une construction mentale cachant un vide intérieur. Pour se construire, il faudra alors l’appréhender avec bienveillance et apprendre à le combler par nous-même. Lire la suite

Illusion de contrôle

« Le panda n’accomplira jamais sa destinée, pas plus que toi,
tant que tu ne renonceras pas à tes illusions de contrôle » (Kung Fu Panda)

L’illusion de contrôle est la tendance à croire que nous pouvons contrôler (ou du moins influencer) des résultats sur lesquels nous n’avons, en réalité, aucune influence. Un biais qui peut amener à des comportements risqués, chacun surestimant ses capacités par rapport à la réalité objective – ou se transformer, à l’inverse, en sentiment de culpabilité. L’illusion de contrôle a une incidence directe sur les comportements pro sociaux de coopération ou d’équité dans les modèles de négociation ou de coopération.

Langer (1975) a ainsi montré que des sujets qui ont le choix du numéro de leur billet de loterie ont tendance à le revendre nettement plus cher que ceux à qui ce choix est imposé.

« L’argent, la drogue la plus trompeuse qui soit, car elle nous donne l’illusion de pouvoir contrôler notre destin. Un vrai mensonge. » (Douglas Kennedy)

[Source : ecopsycho]

Ma conclusion : bien que nous disposions toujours du libre arbitre (de la capacité de décision face aux choix qui s’offrent à nous), nous maîtrisons bien peu de paramètres dans notre vie. Finalement, à l’instar de celle du Panda, la vie est peut être une sorte de destinée… il suffit d’y croire et profiter du voyage.