Lectures

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[Société] Regard amérindien   Mise à jour récente !

Voici un texte de John Lame Deer, un Amérindien, né en 1903 dans une réserve amérindienne aux Etats-Unis et mort en 1976 :

« Avant que nos frères blancs viennent nous civiliser, on n’avait aucune prison. Par conséquent, il n’y avait aucun délinquant. Nous n’avions pas de clés ni de serrures, donc il n’y avait pas de voleurs. Quand quelqu’un était trop pauvre pour s’offrir un cheval, une couverture ou une tente, il pouvait recevoir cela comme cadeau. Nous n’étions tellement pas civilisés que nous n’accordions pas une telle importance à la propriété privée. Nous voulions posséder des choses pour donner aux autres, s’entraider. Nous n’avions pas d’argent, pour cette raison la valeur d’un Homme ne pouvait être déterminée selon sa richesse.

Nous n’avions aucune loi (écrite), aucun avocat (ou procureur), aucun politicien, par conséquent nous n’étions pas capable de tricher ou d’escroquer autrui. Nous suivions vraiment une mauvaise voie avant que les hommes blancs viennent, et je ne saurai vraiment pas expliquer comment nous nous y prenions pour nous en sortir sans ces choses fondamentales (c’est ce que nos frères blancs nous ont dit) qui sont absolument nécessaires pour une société civilisée. »


[Extrait] Les projections maléfiques, J.Monbourquette
L’ombre nationale

Plus une nation s’isole, plus elle s’aveugle sur ses défauts et ses déficiences, et plus elle a tendance à projeter ses peurs, ses répugnances et ses atavismes sur des nations voisines. Seul le contact assidu d’une peuple avec un autre amène à reconnaître ses propres lacunes et ses défauts nationaux. Tant et aussi longtemps que les gens d’une nation n’ont pas appris à connaître et apprécier les mœurs d’une autre nation, ils nourrissent des préjugés engendrés par leur ombre nationale.

En temps de guerre, la projection de l’ombre* collective d’une nation est entretenue et exacerbée par les médias. Tout ce ce que l’on juge détestable et répréhensible chez soi, on s’acharne à le retrouver chez la nation ennemie. Est-il permis de rêver qu’un jour toutes les nations se regarderont en vérité et que chacune “embrassera” son ombre*, au lieu de la projeter sur une autre et de chercher à la détruire ?

D’instinct, des sociétés ont trouvé un correctif aux déviations causées par leur ombre collective : elles désignent certains de leurs membres pour amener le groupe à relativiser ses habitudes et manière de penser, en faisant systématiquement tout le contraire et en violant les normes (Heyoka chez les Sioux, le fou du roi au Moyen-Âge, les clowns et humoristes.)

*L’ombre est tout ce que nous avons refoulé dans l’inconscient par crainte d’être rejetés par les personnes importantes de notre vie, ce côté secret et mal aimé de nous-mêmes : expression de certaines émotions ou sentiments, attitude, conduite originale, habileté, voire même qualités morales.

Le contenu de l’ombre devient la source de nos projections. Les aspects mal aimés de nous-mêmes que nous tentons en vain d’éliminer de nos vies se projettent sur les autres. Soit nous projetons nos tendances méchantes sur les autres pour ne pas les voir en nous-mêmes (projections maléfiques), soit nous voyons réalisés chez autrui nos désirs et nos fantasmes (projections bénéfiques ).

[Source : Les projections maléfiques, Jean Monbourquette]

Résumé 


(suite…)


[Extrait] Liberté & Cie, B. Carney et I. Getz
Le paradoxe de la rivière

Dans Liberté & Cie, l’enquête de Brian Carney et d’Isaac Getz montre qu’il existe une autre manière de manager et nous invite dans des entreprises où la liberté est devenue le principe de management. À travers leurs histoires, ils nous révèlent une autre manière d’être, enfin, libres, heureux et efficaces au travail.

Le paradoxe d’Héraclite était que, même si la rivière ne sort jamais de son lit, elle coule et change donc constamment, et que ce qui est vrai d’elle à un moment peut être faux à un autre.

Imaginez que vous vouliez pêcher dans cette rivière selon les règles d’une organisation d’entreprise « comment » : debout sur la berge, un salarié repère un poisson au milieu du courant. Avec un peu de chance, il demandera à son supérieur : “Je peux jeter l’appât ?” Nous disons “avec un peu de chance”, parce que ce salarié n’est peut être pas chargé de chercher des poissons. Peut être est-il occupé à couper du bois le long de la rivière ou à tondre la pelouse sur la rive. Admettons que nous ayons de la chance. Il pose la question à son supérieur, qui pose la question à son supérieur, et ainsi de suite jusqu’à ce que la demande soit transmise au comité de direction de la pêche. Même si cette voie hiérarchique est relativement courte et la réponse donnée de façon efficace, il est à parier que le poisson aura poursuivi sa route au moment où le message arrivera au bord de l’eau.

A moins qu’un autre, qui était libre de pêcher et n’avait pas à demander l’autorisation de jeter sa ligne ne l’ait attrapé entre-temps.

Le patron, l’homme qui occupe l’autre extrémité de cette voie hiérarchique et ne voit la rivière que de très loin, depuis la fenêtre de son grand bureau, n’a aucun moyen de savoir combien de poissons passent tous les jours devant son entreprise. Aucun système de contrôle ne lui garantit qu’il pourra réagir à ces occasions, ni même en être informé à temps.

La rivière coule inlassablement et personne ne la connaît intégralement à un moment donné. Libérez vos salariés, vous serez surpris de voir ce qu’ils y pêcheront.

(suite…)


[Extrait] Quand je serai vieille…

« Quand je serai vieille, je m’habillerai de mauve
Je mettrai un chapeau rouge qui jure avec ma robe
Je dépenserai ma pension en cognac et en gants de dentelle
En sandales de satin et je dirai que
Nous n’avons pas les moyens d’acheter du beurre

Je m’assoirai sur le trottoir quand je serai fatiguée
Je tirerai les sonnettes d’alarme
Je ferai courir ma canne sur les barreaux des clôtures
Je rattraperai le temps perdu quand j’étais jeune et sérieuse

Je sortirai en pantoufles sous la pluie
Je cueillerai des fleurs dans les jardins des autres
J’apprendrai à cracher très loin
Mais peut-être devrais-je m’exercer un peu avant
Afin que mes amis ne soient pas surpris et choqués
Quand tout à coup je serai vieille
Et que je m’habillerai de mauve

Rose in the afternoon, Jenny Joseph, 1963″

[Source : Femmes et Féministes Insoumises]


[Extrait] Mille femmes blanches, J.Fergus – Amour et folie

Dans son livre « Mille femmes blanches », Jim Fergus relate, sous forme de journaux autobiographiques, l’incroyable aventure d’une femme blanche ayant rejoint une tribu Cheyenne. [4ème de couverture] « En 1874, à Washington, le président Grant accepte la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l’intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart vient en réalité des pénitenciers et des asiles… L’une d’elles, May Dodd, apprend sa nouvelle vie de squaw et les rites des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l’alcool. Aux côtés de femmes de toutes origines, elle assiste à l’agonie de son peuple d’adoption… »

[May] « Croyez-vous honnêtement que je ris le cœur léger ? Que je me moque de vous ? Que je prends cette situation comme un jeu, comme un acteur sur les planches ? Ne comprenez-vous pas que mon rire est une ultime défense contre mes larmes ? » Je citai : « J’enseignerai la fierté à mes peines… » Ce fut lui qui termina : « …car le chagrin est fier et courbe ses victimes. » (p.125)

« L’amour n’est que pure folie et, je dois bien te l’avouer, mérite et les obscures demeures, et le fouet auquel les fous ont droit. » (Shakespere) (p.109)

La folie est considérée par les Cheyennes comme un don de Dieu, c’est pourquoi les égarés sont traités avec beaucoup de respect, même avec révérence, dans cette société. (p.133)

Pour rester autant que possible saine d’esprit, je ne dois surtout pas chercher refuge dans le passé… cela reviendrait autrement à sombrer dans la folie. C’est une des leçons que j’ai apprises et répétées à l’asile – vivre chaque journée comme elle vient, et refuser tant les regrets que les inquiétudes pour l’avenir. Je n’ai de toute façon aucun pouvoir sur hier ni sur demain. (p.151)

Le chef sera pour moi le meilleur des représentants de la vie sauvage, l’ouverture idéale sur cette autre culture, car il possède les qualités les plus prisées au sein de ce peuple simple : le courage, la dignité, la grâce et l’altruisme. Quelque chose également dont je n’ai eu qu’un vague aperçu, mais que l’on pourrait, je crois, appeler l’ardeur. (p.223)

[Mille femmes blanches, Jim Fergus]